Week-end du 2-3 juillet 2016 au sud du Mont Rose

Nous nous retrouvons, Ladislav, Eloïse, Alain, Lorraine, Serge et moi, au parking de Rennaz le samedi à 7h30 sous la pluie coutumière de ce début d’été avec pour objectif de parcourir la fameuse traversée des Lyskamm. Et hop, départ en direction de Stafal au fin fond du magnifique val de Gressoney. Après avoir récupéré Johanna qui nous attendait sur la route, nous arrivons à destination et empruntons les remontées mécaniques, plein d’optimisme, les prévisions pour le lendemain étant au beau fixe malgré un ciel sombre et la pluie qui nous accueille à Bättforko. Les 900 mètres de dénivellation restant jusqu’à la cabane Quitino Sella perchée à 3585 m. sont vite avalés malgré la présence de neige en quantité et les nombreuses personnes sur l’itinéraire. Cette montée en cabane aura été agrémentée de vent, de pluie, de grêle, un peu de soleil quand même et des embouteillages sur les portions les plus raides notamment dus à de « sympathiques montagnards » équipés de parapluies.

Nous profitons des quatre heures d’attente jusqu’au souper pour faire plus ample connaissance en mangeant des tartes pour certains, pour faire une sieste pour d’autres, voire réviser des maths pour d’autres encore. A 8 heures, l’estomac bien rempli, tout le monde se trouve prêt à passer la nuit dans cette cabane rudimentaire mais fonctionnelle en pensant à la magnifique chevauchée entre ciel et terre qui nous attend le lendemain si les conditions le permettent. Le vent et la brume n’ont toujours pas décidé de laisser la place à une nuit étoilée.

5h15 dimanche matin, le petit déjeuner avalé, le baudrier à la taille et les crampons aux pieds nous nous encordons en trois groupes et filons à bonne allure sur les pentes débonnaires du Felikgletscher en direction du Felikjoch. Le ciel est clair et la neige a bien regelé, mais les panaches de neige sur les sommets alentours laissent présager un vent bien plus fort qu’annoncé. Quoiqu’il en soit, l’aube nous gratifie d’un panorama à couper le souffle et la vue sur les colonnes d’alpinistes qui nous succèdent est saisissante. Parvenus à la dernière côte avant le col qui sépare le Castor du Lyskamm occidental, les bourrasques nous accueillent ; elles ne nous quitteront plus de la journée. Elles nous obligent même régulièrement à stopper notre progression le temps qu’elles se calment. Nous atteignons ce col coté 4087 m. avec les premiers rayons du soleil et la décision tombe : le vent ne nous permettra pas de traverser en sécurité l’imposante chaîne qui nous domine, pourtant à portée de crampons. Sur proposition de Serge, nous décidons de tout de même traverser en direction du refuge Gnifetti par le Naso du Lyskamm qui culmine à 4272 m. Nous rebroussons donc chemin et, seuls au monde, traversons le Lysgletscher par un long faux plat au pied de la face sud du « mangeur d’hommes ». Ce dernier fume de plus belle, ce qui nous conforte, malgré notre déception, dans notre changement d’objectif. Nous prenons en écharpe la face ouest du Naso, d’abord à corde courte puis mi-longue, assurés par une demi-douzaine de broches, pour une traversée d’une cinquantaine de mètres où la glace affleure sous peu de neige. Bien que la pente ne soit pas extrême, la chute est ici interdite. Vers 11h, nous atteignons le Passo del Naso sans encombre malgré le vent qui continue à nous fouetter le visage et qui tente de nous déséquilibrer. La neige est déjà bien molle lorsque nous descendons du Naso par sa face est. Après un pique-nique vite avalé, nous rejoignons la voie normale du Lysjoch et sa cohorte d’alpinistes et de skieurs en tous genres. Les installations nous ramènent ensuite rapidement de Punta Indren à la vallée, permettant à nos genoux d’économiser quelque 1400 mètres de descente. Nous partageons un dernier verre dans la bonne humeur et reprenons la route à travers le val d’Aoste, heureux et la tête remplie de magnifiques souvenirs. Un grand merci à chacun pour ces excellents moments passés tous ensemble et à Ladislav et Serge, en particulier, d’avoir organisé et mené cette splendide virée sur ce non moins grandiose versant italien du Mont Rose.

 Récit écrit par Grégoire Comtesse