Trois petites cornes et puis s’en vont… (Course d’arrête au Dri Hornli – 29 et 30 août 2015)

Il est près de 9h30 lorsque nous quittons le village de Pirmin Zurbriggen, Saas-Almagell. Il n’y a pas encore de soleil dans ce village situé à 1672 m d’altitude mais malgré cela personne ne garde sa veste pour commencer l’ascension : le week-end s’annonce chaud!

Le but de l’excursion concoctée avec soin par Ladislav, c’est l’arête des Dri Hörnli ! Ne nous emballons pas, car avant cela, il y aura quelques étapes… la première étant le Berghotel Almagelleralp à 2200 m d’altitude. Cette première pause – bien méritée –  après une superbe montée parmi les pins centenaires, fait dire à Jérôme que notre réputation auprès des OJ est fondée : nous sommes des clubistes! Mais bon, nous arrivons malgré cela à l’Almagellerhütte à 13h, soit 3h30 après notre départ, exactement dans les temps : les vieux tiennent encore la forme!

L’Almagellerhütte, c’est un petit bijou de cabane à 2894m d’altitude, entourée d’un grand nombre de « 4000 » dont le Weissmies qui peut être atteint en 4h par l’arrête SE.

Mais ce qui nous intéresse, c’est les Dri Hörnli, trois dents qui créent une petite arête, plantée là, au milieu, à tout juste 30 min de la cabane.

Le premier jour, c’est de l’escalade pure sur la face sud de l’arête qui nous attend. La roche est magnifique : du gneiss bien râpeux à l’adhérence irréprochable. Ca va être le moment de tester notre confiance en grimpant en tête. Justement, Caroline, qui grimpe avec moi, se retrouve 2m au dessus du dernier spit avec une furieuse envie de redescendre, mais ça voudrait dire désescalader… Du coup, elle met ses peurs de côté et en quelques magnifiques pas d’adhérence, elle finit la longueur… Une étape psychologique de franchie, bravo!

Le topo disait : corde de 50m. Nous nous engageons donc avec une corde à simple de 50m. Et portant, au fur et à mesure des longueurs, il nous semble que nous nous rapprochons des 25 m et donc de la limite pour une descente en rappel. La dernière paraissant plus longue que les autres sur le topo, nous y renonçons. Bien nous en a pris car sur le premier rappel il ne restait que 25cm de corde en arrivant au relais, pas de quoi faire les malins! Y avait-il moyen de redescendre autrement depuis le sommet de la voie?  Pas très clair sur le topo en tout cas…

Bon, après ces émotions, c’est bientôt l’heure du souper, lequel est prévu à 18h. Johanna, Eloïse, Ladislav et Grégory décident de retourner à la cabane alors que Jérôme, Caroline et moi restons pour une dernière moulinette… Je m’engage en premier dans un truc pas à mon niveau mais bon, en trichant un peu, ça passe finalement.

18h, l’heure du souper: Jérôme mange a lui tout seul autant que les 6 autres ; sa réputation de goinfre est faite! Soirée tranquille et dodo assez tôt. Après quelques coups de coudes, Greg cesse de ronfler pour la nuit et il n’y personne d’autre pour le remplacer : sur 10 personnes dans le dortoir, c’est une performance! A 4h, les candidats au Weissmies se réveillent mais il nous reste heureusement quelques heures de sommeil, notre déjeuner étant prévu à 7h.

Dimanche, c’est le grand jour : au programme l’arête des Dri Hörnli ! À 8h, nous sommes au pied de la première dent. Nous préparons trois cordées, la première formée de Ladislav, Eloïse et Jérôme, la deuxième de Johanna et Grégory et la dernière de Caroline et moi-même. Nous prévoyons d’évoluer corde tendue mais à peine avons nous fait quelques pas sur une vire plutôt facile que nous nous retrouvons face à une paroi  qui nous fait changer de stratégie pour l’attaquer en escalade normale ! C’est là que commence un vrai délice d’escalade aérienne sur un rocher magnifique et de difficulté tout à fait acceptable, même en grosses chaussures (4b max).  Il y a deux ou trois petits pas de désescalade pour l’adrénaline et, du coup, c’est celui qui est en tête qui a le rôle facile. Si les deux premières cordées décident de garder toujours la même personne devant – respectivement Ladislav et Johanna – avec Caroline nous décidons d’alterner : Caroline pose ainsi ses premiers coinceurs… et ça tenait!

Nous atteignons le sommet (3209m) vers 13h, après presque 5h d’escalade… largement plus que les 3-4 heures annoncées ! Peut-être aurions-nous pu gagner du temps en faisant les passages les plus faciles en corde tendue?

Au vu de l’heure, il ne nous reste plus qu’à avaler notre pic-nic, redescendre à la cabane ramasser le reste de nos affaires et avaler un petit rafraîchissement avant de prendre le chemin de la plaine. Juste assez tôt pour profiter des bouchons entre Aigle et Villeneuve… Mais ce dernier détail ne saurait ternir un si magnifique week-end!

 

Récit écrit par Emmanuel