lagginhorn 3 sept 2017

Notre périple commence alors que l’aube se lève sur le Chablais vaudois, où les oiseaux chantent et l’herbe est délicatement bercée par les vents matinaux… … … l’aube ? les oiseaux ? l’herbe ? Que nenni ! Il est 13h30, samedi, quand six joyeux drilles se retrouvent sur le parking de Noville, sous la tutelle de notre cheffe de course, j’ai nommé – roulement de tambour – Nicole !
A l’appel de cette folle aventure, rien de moins que Rachel – encore émoustillée de son expérience au Weissmies, Alessandra qui décide de varier les plaisirs, Greg qui a hâte de remettre ses crampons, Elisabeth – toujours prête pour de nouvelles découvertes, Hartmut qui sera la « force tranquille » de l’équipe et votre serviteur qui a réussi à s’extraire de ses études (après tout, c’est les vacances académiques).
Sans perdre de temps, on embarque direction Kreuzboden, petite station sise au-dessus de Saas Grund, où sifflent les marmottes dodues du Haut Valais (oui, elles sont vraiment dodues). Prenant pied à la station, première constatation : ça pèle ! la température avoisine les 5°C, autant dire qu’on ne fait pas les guignols longtemps ; le meilleur moyen de se réchauffer est encore d’avancer. Et nous voilà en route pour la cabane du Weissmies.
A peu près une heure plus tard, nous sommes réunis autour d’un thé, à s’extasier sur les Mischabels et à faire le point sur le lendemain. Nicole étant une gentille cheffe de course, elle décrète le réveil à 5h15 et le départ à 6h du matin, laissant aux autres locataires de la cabane le soin de faire la trace. Notre objectif est la voie normale du Lagginhorn (4010m) empruntant l’arête WNW, en faisant la traversée du glacier. Puis on mange, on dort et… le matin arrive !
A 5h, tout le monde est déjà debout, à la grande stupéfaction de Nicole. Un p’tit déj plus tard, nous voici sur la route, et il n’est même pas 6h ! Première constatation qui finit de nous réveiller : ça picote de froid, et tout est saupoudré de blanc. On ne perd pas de temps et on se lance à l’assaut. Il nous faut environ 50 minutes pour rallier le glacier… invisible tant il est enseveli sous la caillasse. 30 minutes plus tard, nous prenons pied sur les pierriers qui nous amènent gentiment sur l’arête à proprement parler. Malgré quelques déconvenues dues au manque d’acclimatation de certains (moi par exemple :D), le rythme est bon : nous faisons de courtes pauses et nous avançons avec régularité dans un paysage accidenté où le mixte prévaut. Une occasion de reprendre confiance en nos vaillants crampons – même si nous croisons plus d’un groupe qui avance en grosses et sans se poser de question.
Il est 10h, nous arrivons aux 400 derniers mètres de l’ascension quand nous tombons sur… La Dalle (les majuscules sont définitivement de mise, car visiblement elle est réputée^^), soit LA difficulté du parcours : c’est long, lisse et ça n’a pas vraiment de prises évidentes, surtout à la descente. Le soleil a déjà pointé le bout de son nez, et tout ruisselle. On essaie de monter, on n’est pas vraiment sûr, on hésite. Le doute s’insinue et finalement la sécurité l’emporte sur la hardiesse : en l’état, nous préférons ne rien risquer, renoncer au sommet et nous contenter d’une belle course d’arête à 3500m. On en discute dix minutes et la décision est prise à l’unanimité. Alors retour ! On ne perd pas notre allant, malgré la petite pointe au cœur en levant les yeux vers la croix du sommet, enluminée par le soleil.
Avalant le dénivelé tels des bouquetins sautillants, nous empruntons donc l’arête en sens inverse, avec quelques jolies acrobaties et quelques bleus au passage. Reprenant pied sur le glacier, nous faisons une pause de 30 minutes pour manger. Puis il est temps de rentrer par les sentiers, de partager un agréable rösti sur la terrasse de la cabane, sous le regard compatissant d’un véritable bouquetin un peu aventureux. Finalement, nous quittons ce petit écrin pour regagner nos pénates, les poumons dégagés et la tête encore ventilée par l’altitude.
Alain