Activités

Abruzzes

Récit de course

Semaine ski de rando à Bivio-Grisons, du 7 au 13 février 2021

 

Tous les chemins mènent à Rome.
Mais Dieu qu'il est long le chemin pour les Grisons…

1- Les préliminaires

Il faut commencer par aller au Kirghistan (projet initial annulé pour cause CoViD-19), puis passer par les Abruzzes (projet de remplacement annulé en raison de l'insistance de dit CoViD) pour enfin s'engager dans la vallée de Surses-Oberalpstein et s'arrêter au pied du Julier dans le joli village de Bivio, plus précisément à l'hôtel Post. Il y en a un dans chaque village par ici des « hôtel Post », mais celui-là est incontournable. Une patronne aux petits soins qui se plie en quatre pour satisfaire nos moindres désirs. Jusqu'au fumoir de cigare estampillé OFSP avec coin cheminée… c'est vous dire. Idem pour le personnel, non seulement professionnel, mais prévenant,facétieux même (n'est-ce pas Emilio ?).

Néanmoins, avant d'arriver au paradis, il a fallu discuter (alors là, on est tous imprenables) : confinés par 4 ? sans les plaisirs des agapes ? sans la dynamique de groupe ? …etc… « Mais oui ! » s'écrie Suzy pour regonfler les troupes. Alors il a fallu organiser. Et pour ça, Wolf, il est trop fort. Il nous concocte donc un de ces programmes « CoViDcompatibles » incroyable sur lequel je me suis laissé dire que le Conseil Fédéral envisageait de prendre modèle. 

Nous sommes 16 alors que les règles de l'OFSP autorisent 4 ? Parfait puisque = 4.

Nous formerons donc des groupes indissociables de 4, entre chambres, voiture, tablées et cordées. 
    - Voiture 1 : Carmen - Volker - Manu - Wolf,
    - Table 2 : Chantal - Philippe - Marco - Bertrand,
    - Cordée 3 : Michel - Cécile - Sophie - Serge,
    - Hammam 4 : Frédo - Suzy - Véro - Arnaud
On ajoute à cela un chef de course par cordée (donc par tablée, par voiture, etc…) + le guide grison Georg, et elle est belle !
Avec en prime le truc incroyable imaginé par Suzy et Wolf : le test à la mode pour tout le monde avant de partir !!! « Bonjour, le résultat de votre test CoViD-19 est négatif. Si vous avez des symptômes… ».
Pour notre plus grand bonheur, personne ne réussit cet examen et, malgré l'ambiance positive, personne ne l'est. Seul l'ami CoViD-19 pouvait engendrer un tel paradoxe et nous voicidonc partis à 4x4 en 4x4 (au vu des conditions de neige commandées cette semaine-là). La route se fait dans une atmosphère irréaliste de brume ocrée par les vents du Sahara qui soufflent vers l'Europe depuis la veille et poudrent tout sur leur passage.

2- Les faits

Dimanche 7 : Vent, chutes de neige mouillée, mais l'enthousiasme est au rendez-vous et, après de tels préliminaires, rien ne pourrait plus nous stopper… Nous partons donc (pour ceux qui n'auraient pas suivi en groupes de 4) pour Rocabella, 2730 m. Seules les conditions, la visibilité et surtout le risque d'avalanches auront raison de nous vers 2500m. Qu'à cela ne tienne, cela nous a mis en jambe et ils annoncent un peu meilleur demain…

Lundi 8 : Temps mitigé annoncé donc, mais rien ne freine nos ardeurs et nous démarrons par groupes de 4 pour le Piz Scalotta, 2991 m. La météo étant très peu sûre, rapidement, un ciel immaculé vient nous montrer ce superbe Piz recouvert de 30 cm de poudreuse dans lesquels nos traceurs (merci à eux) font merveille. Et, seuls au monde (par groupes de 4 naturellement), nous entamons les 1'300 m de descente dans cette poudreuse aussi légère en bas qu'en hautjusqu'à Stalvedret. Remontée vers Bivio le long de la piste de ski de fond et nous nous retrouvons à 4 tablées de 4 au Stübli avec les saucissons, viandes séchées et autres fromages, le tout arrosé de notre bon vieux Chasselas, pour un en-casréparateur, les yeux encore brillants d'une de ces journées que l'on ne vit qu'une fois de temps en temps…

Mardi 9 : Beau temps annoncé. Georg est sous pression. Il a mis la barre si haut hier que l'élever encore est compliqué ! Utilisation des remontées de Bivio jusqu'à 2560m ; le luxe. Redescente de 400m en poudre magique. Gare aux rochers cachés sous cette couche vierge, aguicheuse et perfide. Votre serviteur en fait les frais avec une magnifique cabriole et une balafre d'anthologie dans ses skis neufs. Il faut bien dire qu'il avait eu l'exemple de deux maitres en la matière la veille. Ils se reconnaitront…
On rechausse les peaux à l'Alp Tgavretga et on attaque les 10km jusqu'au Piz Turba, 3017 m. Magnifique ambiance hivernale de corniches striées de rouille du désert, cayons, pentes immaculées... Quelques passages exposés nous obligent à étaler chaque groupe de 4 sur 60 m mais, au fond, cela tient bien. Jolie crête sommitale à pied avec 500 m de gaz de chaque côté. Ambiance ! Et un coup de chapeau tout particulier à Serge…
Georg a d'ores et déjà réussi son coup : le sommet nous a enthousiasmé. Vue époustouflante avec en point d'orgue le massif de la Bernina. En voilà une autre qui aguiche. N'est-ce pas Frédo ?
Fabuleuse descente même si évidemment elle a quelques difficultés à rivaliser avec celle de la veille.

Mercredi 10 : Temps exécrable annoncé. Mais là on seradéçu: il reste bien exécrable. Beaucoup ont déjà prévu une journée de repos, mais l'émulation au sein de chaque groupe (de 4 pour le lecteur qui n'aurait pas bien suivi) fait merveille et Georg nous entraine sur une petite course dans la neige et le brouillard jusqu'au Bleis Muntaneala, 2452m. Si la montée nous a laissé imaginer une redescente compliquée, elle s'avère en définitive très sympathique et skiable. Il faut dire que le sable saharien atténue le jour blanc une fois la première trace faite.
Re-pique-nique, re-spa, re-cigare accompagné d'une f… non, je ne le dirai pas et re-pas du soir à 4 tables de 4. Ce qui n'empêche pas les apostrophes entre tablées.

Jeudi 11 : Pour la première fois, nous ne partons pas skis aux pieds, mais poussons en voiture juste après le Julier pass. Direction sud pour le Piz Lagrev, 3165 m. 13° en dessous de zéro, vent fort, la 1ère montée est glaciale. Le vent tombe enfin dans la 1ère cuvette, mais le mercure est encore descendu et nos extrémités souffrent… La 2ème pente, expo celle-là, est avalée par Georg, mais le temps que les 4x4 passent avec une bonne marge de sécurité entre chacun, il y a de quoi se refroidir (j'entends bien sécurité avalanche et non sécurité CoViD-19 mais, question « distances sociales », les deux font bon ménage tout compte fait). Suit une immense cuvette dans laquelle le soleil vient nous lécher et nous requinquer, puis à nouveau une belle face qui sort à près de 40° (ça c'est la pente parce que la température ne suit pas) et nous permet d'atteindre le sommet à nouveau transis mais heureux. Et la descente nous réchauffe le corps et le cœur. Pensez, 900 m de poudre vierge… N'est-ce pas Manu ? Bon, après cette 1ère trace de montée,  tu as bien mérité la pole position à la descente !

Vendredi 12 : Dernier round. Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Il est prévu de repartir du Julier avec en ligne de mire le Piz Surgonda, 3195m. Après l'expérience de la veille, la conversation du petit déjeuner tourne autour de l'habillement. Sous-gants, gants, sur-gants, chaussettes fines, moins fines, trop épaisses pour la chaussure… chacun fait les fonds de tiroirs pour dénicher le trésor qui le protégera le mieux. L'arrivée au col ne fait que nous confirmer la température ; et le vent. Mais en fait, la pente est exposée sud et le soleil est notre compagnon. A tel point que nous nous retrouverons même en sous-pull quelques dizaines de minutes. Le sommet, rejoint à pied, nous imposera tout de même les gants chauds. Vue à couper le souffle sur les massifs à perte de vue, agrémentée de couleurs superbes imaginées par le temps qui se couvre, photo de campagne PLR de Volker, et nous redescendons dans une poudreuse un peu moins légère, vaguement croutée parfois, mais bien tournante tout de même. Il est temps que nous rentrions, nous devenons difficiles. De vrais enfants gâtés…
Dernière soirée rouge-saucisson-cigare, adieux et remerciements à Georg qui a su nous enchanter et surtout nous gérer (le groupe comportait une densité étonnante de fortes têtes), hourrahs et p'tite chansonnette à notre organisateur préféré :
J'entends le Wolf, le renard et la buvette,
j'entends le Wolf et le fêtard chanter
Le Martz viendra les gars, le Martz viendra, 
c'est à ce moment-là qu'il faut lever les bras.

3- Le retour

Samedi 13 : La plupart des cordées, voitures, spas, tablées et chambrées ont décidé de repartir directement à la maison.Tenter de recoller à la réalité si possible... Il est vrai que le temps bouché n'incite pas aux prolongations. Et pourtant, on pourrait suspecter un léger ton bleuté en scrutant bien le ciel. Alors, le gang n°4 décide de fuir la réalité et de tenter sa chance pour une dernière. En ligne de mire le Piz da las Coluonnas qui surplombe au sud le Julier pass. Bien nous en prend puisque nous sortons du coton assez rapidement et parcourons les 600 m de dénivelé sous un beau soleil, sans vent, y compris au sommet ou nous nous prenons à regretter de ne pas avoir monté des chaises longues. Cela nous laisse admirer, longuement cette fois, ce splendide panorama des alpes grisonnes et bien au-delà puisque nous apercevons la pointe Dufour à l'horizon. Après 1 semaine de conditions folles, il faut commencer à chercher les recoins pour poser une trace à la descente, mais elle nous enchante une fois de plus.

Pour beaucoup une découverte des immensités grisonnes. Un terrain de jeu infini et des idées qui germent pour la suite. Mais on en a tellement des idées…

Merci à tout le groupe pour ces grands moments, à Georg pour sa finesse et à Wolf d'avoir su tirer parti et transformer en atouts les inconvénients liés à notre grand absent de la semaine : CoViD-19 !

 

​Arnaud - Veytaux - 14 février 2021